C’est par l’intermédiaire de sa fille, une amie de chorale, que j’ai fait la connaissance d’Annick. Ses trois enfants souhaitaient lui offrir le plus personnel des cadeaux : le livre de sa vie.
Une rencontre sous le signe de la confiance
J’ai rencontré Annick pour la première fois en décembre 2024. Ce premier échange est essentiel : il permet de faire connaissance, d’expliquer la démarche et de s’assurer que le « feeling » est au rendez-vous. Sans cette étincelle, la relation de confiance nécessaire aux confidences ne peut s’établir.
J’ai découvert une femme de 93 ans, à la fois vive, intelligente et d’une grande discrétion. Au fil de nos entretiens, dans la maison de retraite où elle réside depuis le décès de son époux, j’ai recueilli le récit d’une existence marquée dès l’enfance, par le jugement sévère de ses enseignantes. Annick portait en elle, depuis l’école, le poids d’un sentiment d’infériorité.
Un livre comme une libération
L’écriture a été pour elle une véritable catharsis. Pour Annick, voir ses souvenirs s’organiser sur le papier a transformé ses doutes en une immense fierté :
- Fierté littéraire : celle d’avoir accompli un travail de mémoire exigeant.
- Fierté personnelle : réaliser qu’elle n’avait pas à rougir de son parcours.
- Fierté de transmission : laisser une trace à ses descendants (elle venait d’ailleurs de devenir arrière-grand-mère).
Grâce à la complicité qui s’est nouée, elle a pu se livrer avec une simplicité et une sincérité touchantes.
La remise du livre : un moment d’émotion pure
En juin 2025, le projet a pris sa forme définitive. La remise du livre, en présence de son fils aîné, fut un moment d’une douceur infinie. Ce bonheur est venu apaiser, le temps d’un après-midi, la tristesse liée à la perte brutale de son second fils, survenue quelques semaines plus tôt.
Pour la personne accompagnée, tenir « sa vie entre ses mains » est un moment intense. Mais l’émotion est tout aussi forte pour moi. Achever un livre, c’est clore un chapitre humain. Après avoir partagé tant d’intimité, une tendresse particulière s’installe inévitablement, même si je sais que nos chemins doivent se séparer. C’est sans doute la partie la plus difficile de mon activité.
L’héritage familial
Annick a ensuite distribué son livre à ses enfants et petits-enfants. Leurs retours m’ont profondément beaucoup touchée : ils y ont retrouvé la voix d’Annick et ont découvert des pans de son existence qu’ils ne soupçonnaient pas.
« Redécouvrir ses proches à travers leurs récits : c’est là toute l’essence de ma mission de biographe. »
