Yo ka aplé mwen Yeyette
Biographie familiale

Née en 1940 en Martinique, elle quitte très tôt son île natale pour « traverser la mer » avec ses parents. Casablanca est sa première escale avant que Paris ne devienne le théâtre de son destin. Portée par des études supérieures, elle s’impose dans un domaine alors presque exclusivement masculin : l’enseignement des sciences physiques.
À travers ce récit à la fois clair et introspectif, se dessine le portrait d’une femme de son temps, partagée entre émancipation et doutes intimes.
Extrait
Pendant mon enfance à la Martinique, je n’ai pas connu mes oncles et tantes, à l’exception de tante Zélly, dont je garde un souvenir très particulier. Je jouais avec des fleurs de bougainvillier tombées au sol, lorsque ma mère me gronda en créole avec une phrase qui signifiait : « Ne joue pas avec ces fleurs, fleurs de la mort ! ». Ce n’est que bien plus tard que j’ai pris conscience qu’il s’agissait des funérailles de Tante Zélly. Depuis ce jour, les fleurs de bougainvillier ont pour moi la même connotation que les chrysanthèmes.
J’ai fait la connaissance de tonton Benoît, tonton Nicolas, tonton Boniface et tante Marthe en France, lorsqu’ils rendaient visite à mes parents. J’ai appris l’existence des
autres membres de la fratrie par les conversations de mes parents, lorsqu’ils recevaient des nouvelles de la famille après avoir quitté la Martinique.
Lors de mon premier voyage au pays, j’ai rencontré tante Constance et tante Pulchérie Maurille, qui était devenue soeur Eugénie en entrant dans les ordres. Je lui ai rendu visite à cette occasion au couvent. Elle est décédée à 98 ans. Tonton François nous avait prêté une maison à Sainte-Anne pour notre séjour. J’ai fait également la connaissance de tonton Philippe, décédé à 103 ans. Sa première femme était ma marraine. Ma tante Yvette, quant à elle, est morte alors que je n’avais que deux ou trois ans.
Mon père était ébéniste, contrairement à la plupart de ses frères qui étaient marins pêcheurs.